La légende de la Clamouse

Aujourd’hui, je vais vous raconter une légende liée à la grotte de la Clamouse, de cette grotte « hurlante » que nous sommes nombreux à bien connaître et qui nous émerveille par les richesses qu’elle renferme.

Pendant bien longtemps, cette grotte demeura un mystère particulièrement épais. En effet, jusqu’à l’été 1945, personne ne connaissait ses secrets, ses méandres intérieurs, ses cavités et ses circonvolutions. Mais cet été 1945 fut si sec, si aride, que la source se tarit pour la première fois. 

Plus de cris, plus de grondements.
Juste le silence ! Un silence inhabituel qui autorisa deux spéléologues, Dubois et Vila, à explorer chacune de ses cavités et à découvrir alors les secrets de la grande grotte. A la lueur de leurs lampes électriques, ils arpentèrent ses salles les unes après les autres, admirèrent pour la première fois ses concrétions, et dessinèrent ses passages sculptés par l’eau.
La Clamouse venait d’être révélée. Elle entrait par la grande porte dans les livres universitaires, dans les revues spécialisées de spéléologie, dans la connaissance scientifique.

Mais ce n’est pas pour autant que les légendes s’évanouirent et que les mystères qui entourent ce cours d’eau furent dissipés. Si l’université s’était saisie de la connaissance scientifique de ce phénomène naturel, il n’en restait pas moins la dimension légendaire qui lui était liée.

En effet, dans un coin sombre de la grotte, après les grosses pluies, on peut parfois entendre un écho, un bruit terrible, un grondement si fort que toute la vallée en tremble.
Un bruit qui rappelle un cri… ou un sanglot.

Comme nous le savons, chaque peuple est rarement avare en explications, d’autant plus sur ces plateaux balayés par le vent démoniaque. Il a besoin de ses légendes, de sa légende natale pour donner de la dimension à sa terre dans son rapport avec les divinités.

On raconta que ce hurlement qui émane du plus profond des cavités, c’est celui de la source qui crie !, de cette Fons Clamosis, de cette Clamouse qui nous replonge dans les plus anciennes légendes locales.

La première de ces légendes est terrible, elle nous plonge dans la dureté de ce plateau du Larzac, où pour vivre il faut arracher le sang des pierres.

En des temps très lointains, vivait dans les profondes Gorges de l’Hérault, accrochée à des terres très rudes, particulièrement âpres, encore plus âpres que celles du plateau, une famille de paysans dont l’amour entre les membres formait la principale des richesses. Leur pauvreté n’avait d’égale que la noblesse de leur cœur. 

Mais cette félicité familiale devait trouver un terme car leurs rares champs, où poussaient les rochers plus que ne poussaient les céréales imposaient la séparation du clan.

Lorsque vint l’âge où l’aîné des enfants dut gagner son pain, ses parents, à contre-coeur,  le conduisirent dans une ferme sur les hauteurs du Larzac, tout près du hameau de La Vacquerie. Ils s’accordèrent avec le propriétaire d’un vaste domaine et placèrent leur fils tant aimé comme berger.

Là-haut, sur ce causse vaste et silencieux où régnait le vent libre et les ciels immenses, il gardait les troupeaux de moutons et s’amusait à sculpter quelques objets dans l’épaisse écorce des chênes. Ce passe-temps lui permettait d’oublier l’éloignement avec sa famille.

La distance était grande, et les chemins périlleux, pour ne pas dire inexistants. Le jeune pâtre ne pouvait revenir que rarement vers les siens, qui se languissaient de nouvelles, le soir, devant l’âtre.

Un jour pourtant, alors qu’il retrouvait sa famille pour quelques heures précieuses, il demeura bouche bée. Dans les mains de sa mère, il reconnut un bâton qu’il avait sculpté durant une garde. En fait, il s’agissait d’un simple morceau de bois gravé de motifs naïfs, qu’il avait jeté un soir dans un gouffre profond, là-haut sur le causse.
On comprit alors que les eaux souterraines, bruissantes et mystérieuses, l’avaient porté jusqu’à la source du village, celle où la mère puisait chaque matin une eau plus fraîche que le givre.

Dès lors, chaque mois, le petit berger confiait aux entrailles de la terre un objet : une broche ouvragée dans une racine, une touffe de laine tressée.
Et chaque mois, sa mère retrouvait ces modestes présents dans l’onde claire, et son cœur se réchauffait en secret. Car ces dons muets lui disaient : « Je suis vivant, je veille, je pense à vous. »

Mais vint une nuit où la lune demeura voilée, une nuit où la mère, pressentant quelque malheur, s’assit longtemps près de la source, guettant l’offrande de son fils.
Les heures glissaient lentement, écrasantes comme du plomb, graves comme des astres fatigués. Et soudain, des profondeurs de l’eau sombre, une silhouette se dévoila.

D’abord un frémissement, comme si l’obscurité elle-même se mettait à respirer.

Puis lentement, la forme monta vers la surface, révélant une présence qui semblait faite d’ombre et de silence.…

Alors le chagrin brisa l’esprit de la mère. Chaque nuit, elle vint hurler sa peine devant l’eau, son cri roulant entre les rochers comme un vent maudit.

Les habitants du pays, la voyant errer ainsi, la nommèrent la Clamousa, « la hurleuse », et son désespoir donna son nom à la source… et à la célèbre grotte qui s’ouvre non loin de là.

Aujourd’hui encore, le nom demeure. La grotte ne hurle plus comme autrefois, la rivière est détournée, et la visite est paisible.
Mais si vous vous y rendez un jour, faites silence un instant… Car au détour d’un couloir, lorsqu’une goutte tombe dans l’obscurité, vous entendrez peut-être un écho.

Est-ce le cri d’une mère ? Le sanglot d’une nymphe ? Ou simplement le souffle de la montagne qui se souvient de ses histoires ?

Nul ne saurait le dire. Mais moi, je vous assure que la Clamouse n’a jamais cessé de murmurer son nom.

La légende la Clamouse - La grotte de la Clamouse
La légende de la Clamouse

Après des études en science politique et en géographie et histoire de l'urbanisme, Fabrice Bertrand, né à Montpellier, anime depuis 2016 le groupe Facebook "Montpellier Histoire et Patrimoine" qui compte près de 30.000 membres. Il est aujourd'hui en charge de plusieurs projets, qui visent à mettre en valeur le patrimoine scientifique et intellectuel montpelliérain.

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