Le buste de Jean-Baptiste Fabre

Entre le chevet de l’église Saint-Roch et le jardin du presbytère dont le premier étage accueille les pèlerins du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, les montpelliérains ont l’habitude de jeter un oeil, le plus souvent distrait, sur un buste d’un personnage dont bien souvent ils ignorent l’importance locale. Ce buste en bronze est une représentation de Jean-Baptiste Fabre, un religieux, écrivain de son état qui marqua l’identité littéraire occitane de Montpellier et de sa région et sur lequel nous avons déjà publié un article que vous pourrez découvrir en vous rendant sur ce lien.

Buste de Jean-Baptiste fabre en bronze par Varenne
Buste de Jean-Baptiste fabre en bronze par Varenne
© FB, lescarnetsdemontpellier.fr

Hommage des félibres au XIXe siècle

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, période où renaissait, dans le sillage de la gloire de Frédéric Mistral, l’esprit occitan, il semblait tout à fait pertinent aux montpelliérains, pays marqué par une érudition régionaliste, érigée au rang scientifique, de rendre hommage à Jean-Baptiste Fabre, ce littérateur occitan précoce en offrant à sa mémoire une statue.

Le centenaire de l’abbé Fabre – hommage à l’auteur occitan

L’histoire de cette oeuvre, au destin bien bouleversé, débute avec sa réalisation en 1884 par le sculpteur A. Varenne et le fondeur Rolland, d’après un portrait réalisé par Coustou en 1765.

Un comité d’organisation du “Centenaire de l’abbé Fabre” fut chargé, le 29 avril 1884, de solliciter auprès de la municipalité un emplacement pour y ériger le buste. Deux sites furent alors proposés : le square de la gare de Palavas ou le square Planchon. Mais ces propositions furent initialement rejetées par le Conseil municipal de Montpellier.

Retour à Castelnau-le-Lez

Le Comité, face au refus des édiles municipaux choisirent de l’offrir à la commune de Castelnau-le-Lez, une commune où Jean-Baptiste Fabre avait, durant quelques années, occupé les fonctions de prieur. C’est le 5 juillet 1885 que le buste a été inauguré.

Le buste de l’abbé fut victime à plusieurs reprises de l’esprit cabotin de la jeunesse du pays, qui n’avait aucune considération pour le jabot de l’infortuné curé. A maintes reprises, l’abbé Fabre, tel Rousseau dans la chanson, se retrouve le nez au sol. Pour assurer la conservation du misérable prélat, il fut transporté loin des sauvages castelnauviens, et stocké dans la cabane du jardinier du square Planchon. C’est alors qu’on eut l’idée de lui fournir une dernière résidence dans le parc du mas de Rocher, sous l’oeil particulièrement de son propriétaire, un félibre. Ainsi, le digne vicaire pouvait échapper aux terribles attaques dont il avait la victime sur la place de Castelnau-le-Lez.

L’inauguration du buste eut lieu le 16 octobre 1921 en présence du cardinal de Cabrières et de la plupart des sommités intellectuelles de Montpellier. Montpellier et le monde occitan rendait hommage à son illustre littérateur.

Un abbé sauvé par un amas de ferrailles

Mais le destin de ce buste du grand écrivain ne devait pas être de tout repos. Loin de là !

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il put échapper à la collecte des objets qui devaient être réquisitionnés par la commission de récupération des métaux non-ferreux. Le propriétaire du mas de Rocher le céda à un ferrailleur de Montpellier qui le dissimula sous un amas de ferrailles sans valeur. Et c’est ainsi qu’il put passer sans trop de dommages la Seconde Guerre mondiale. Le ferrailleur le rendit à la ville de Montpellier.

L’abbé Fabre retrouve ses terres montpelliéraines

Le 13 novembre 1949, le buste de Jean-Baptiste Fabre est installé sur une stèle dans le square Saint-Roch, où il est encore visible aujourd’hui, se détachant sur une rangée de cyprès.

Buste Jean Baptiste Fabre Inscriptions

Sur le socle du buste, une inscription en langue d’oc témoigne de l’importance de l’abbé Jean-Baptiste Fabre pour la culture populaire :

“Tan que sa langa durara

Lou paure poble

Jusqu’en soun journalie martire

As l’estec de lou faïre rire

Quand mila autres lou san ploura”

Ce qui se traduit par :

“Tant que sa langue durera

Le pauvre monde t’aimera

Tu as l’instinct de le faire rire

Quand mille autres le font pleurer”

Il y a quatre ans, durant l’été 2000, la municipalité de Castelnau-le-Lez inaugura un moulage du buste de Varenne et le plaça au droit de l’église paroissiale, celle-la même où il officia.

Bibliographie et liens :

Pour découvrir la biographie de l’abbé Jean-Baptiste Fabre dans notre blog, cliquez ici, ou celle plus compète sur wikipedia, cliquez ici

Bertrand-Fabre Danielle .- “L’écrivain Jean-Baptiste Fabre et son portrait par le peintre montpelliérain Jean Coustou” in Etudes sur l’Hérault

Pic François .- « Essai de bibliographie de l’œuvre imprimée de l’abbé Jean-Baptiste Fabre », in Revue des Langues Romanes,‎ 1987, pp. 251-299

Après des études en science politique et en géographie et histoire de l'urbanisme, Fabrice Bertrand, né à Montpellier, anime depuis 2016 le groupe Facebook "Montpellier Histoire et Patrimoine" qui compte près de 30.000 membres. Il est aujourd'hui en charge de plusieurs projets, qui visent à mettre en valeur le patrimoine scientifique et intellectuel montpelliérain.

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