Jaume Plensa et ses mirages

Mardi dernier, à 18h30, nous étions un grand nombre à assister à l’inauguration de l’exposition de Jaume Plensa dans le Carré Sainte-Anne. Intitulée “Mirage”, cette carte blanche à l’immense plasticien catalan peut déjà être considérée comme l’un des plus grands événements culturels montpelliérains de l’année, un événement à ne surtout pas manquer. En effet, cet artiste d’origine barcelonaise compte parmi les figures majeures de la sculpture internationale.

Montpellier Carre Sainte Anne Exposition Jaume Plensa 8

“Dans un monde saturé de messages, de slogans et de signes, où la parole prolifère au point de devenir bruit, l’artiste défend la création d’un espace propice à l’écoute de ce qui persiste en chacun et que le tumulte recouvre” — Numa Hambursin

Un écrin d’exception pour une œuvre habitée

Dans cette ancienne église — véritable phare annonçant Montpellier à tous ceux qui s’approchent de la cité, convertie en centre d’art depuis les années 1990 —, Numa Hambursin nous livre, comme il sait si bien le faire, un de ses plus beaux projets. Avec lui, nous sommes habitués à l’excellence. Nous sommes encore nombreux à conserver en mémoire le souvenir de l’exposition “Othoniel” ou encore celle qui, l’année dernière, avait offert ce lieu à l’arbre de “JR”, véritable oeuvre participative qui avait su entraîner l’adhésion d’une foule de passionnés.

Le directeur du MO.CO. et responsable du Carré Sainte-Anne nous avait d’ailleurs prévenus lors de son discours préliminaire : nous vivons dans un monde aujourd’hui surchargé de paroles, où l’on ne s’entend plus tellement de mots sont déversés quotidiennement. Souvent sans raison, simplement pour remplir l’espace que nous refusons de laisser vide.

Quand le silence prend corps

L’exposition répond à ce tumulte par une claque visuelle et sensorielle. Deux visages monumentaux, réalisés à l’aide d’épais fils métalliques, se font face. Par un doigt posé sur leurs bouches, ils semblent se demander le silence — un silence mystique qui s’impose immédiatement à chaque visiteur. De par leur transparence, eux-même semblent vouloir s’effacer et ne pas trop s’imposer dans le brouhaha que bien souvent les artistes aime construire.

Montpellier Carre Sainte Anne Exposition Jaume Plensa 1

Deux autres sculptures en albâtre et trois autres en bois, représentant des visages de femmes étirés, presque anamorphosés, complètent magistralement cette exposition. Sur ces trois dernières statues, on voit vibrer les veines du bois qui semblent leur donner vie, un rappel subtil au chiffre sacré de la religion catholique. Un joli clin d’œil à l’histoire du lieu.

Montpellier Carre Sainte Anne Exposition Jaume Plensa 7

L’artiste, Jaume Plensa, a confié avoir été subjugué par le volume qui lui était offert, rappelant qu’« une église qui n’est plus une église a besoin d’une âme ». C’est à cette reconquête qu’il nous invite. Non pas pour nous imposer le silence, mais pour nous permettre de ressentir ce qu’il y a de plus profond en nous-mêmes.

Alors maintenant l’oeuvre nous appartient, vous appartient, et il ne tient qu’à vous, qu’à nous, de lui donner toute sa puissance discrète, presque anachronique dans notre société contemporaine.

Montpellier Carre Sainte Anne Exposition Jaume Plensa 6

📌 Renseignements pratiques

Visites guidées : Sur réservation par e-mail à visites@montpellier.fr.

Dates : Du 3 juin au 1er novembre 2026.

Jours d’ouverture : Du mardi au samedi.

Horaires classiques : De 10h à 13h et de 14h à 18h.

Horaires d’été (du 16 juin au 30 août) : De 11h à 13h et de 14h à 19h.

Pour aller plus sur Jaume Plensa : Lien vers la page Wikipedia

Après des études en science politique et en géographie et histoire de l'urbanisme, Fabrice Bertrand, né à Montpellier, anime depuis 2016 le groupe Facebook "Montpellier Histoire et Patrimoine" qui compte près de 30.000 membres. Il est aujourd'hui en charge de plusieurs projets, qui visent à mettre en valeur le patrimoine scientifique et intellectuel montpelliérain.

Laissez le premier commentaire