Allez, je vais sous surprendre, mais aujourd’hui, je vais vous mener en bateau… mais pas n’importe lequel !
Je vous invite à me rejoindre à bord d’une galée de Jacques Cœur, à bord de ces mythiques navires du milieu du XVe siècle qui sillonnaient la Méditerranée et qui firent la fortune de l’Argentier de Charles VII, mais aussi celle de Montpellier. Mais, je vous préviens : il va falloir ramer ! Car sous ses airs de navire marchand, la galée impose une discipline de fer.
Ce bateau — dont vous voyez l’illustration issue d’un vitrail de son palais à Bourges — était armé de 116 rames. Pour rejoindre les ports d’Égypte ou d’Acre, l’équipage comptait environ 180 personnes : le patron, le maître d’équipage, un pilote, un teneur de livres, un charpentier, un calfat, une cinquantaine de marins et 118 rameurs.
Ses dimensions ? Pas de quoi rivaliser avec les yachts des milliardaires actuels : tout juste 40 mètres de long pour 5 mètres de large. Le confort y était spartiate, mais la galée était bien plus écologique que nos navires modernes : elle disposait de deux grandes voiles qui permettaient d’alléger un peu la peine des hommes quand le vent était favorable.
Jacques Cœur était si puissant qu’il obtint du Roi un privilège singulier. Le 22 janvier 1443, il reçoit l’autorisation d’embarquer sur ses galères, alors mouillées à Lattes, toute personne “oiseuse ou vagabonde” : coquins, ruffiens et piliers de tavernes.

Pour effectuer ce “recrutement” musclé dans la population montpelliéraine, les patrons de galées étaient assistés des sergents de la ville. On imagine les erreurs de casting… On raconte qu’un pèlerin allemand, “honnête homme et de bonne conversation” simplement de passage à Montpellier, fut capturé par mégarde. Désespéré, il préféra se jeter à l’eau et se noyer plutôt que de subir ce destin. Suite à ce drame, le système fut revu : on remplaça les “oisifs” par des forçats… les fameux galériens.
Alors, après avoir lu cette petite histoire, regarderez-vous les terrasses de la place de la Comédie du même œil ? La prochaine fois que vous vous sentez ‘oisif’ en sirotant un verre, méfiez-vous : un sergent de Jacques Cœur pourrait bien se cacher dans le coin pour vous envoyer ramer vers l’Égypte. Dans 20 jours, vous serez en Égypte, et dans 40, en Syrie… C’est là que vous pourrez enfin vous reposer !

dans son palais de Bourges
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