Antoine-Louis Dugès… C’est à l’occasion d’une visite dans le Conservatoire d’Anatomie de la faculté de médecine, en compagnie du Vice-Doyen M. Gérald Chanques, que j’ai découvert ce nom ; un nom que je n’avais jamais eu le plaisir de rencontrer sauf dans mes recherches sur Palavas-les-Flots. A part cette mention dans d’anciens actes notariés des années 1830, j’aurais été incapable de donner le moindre détail sur son exercice médical. Mais je ne m’en voulais pas trop, car en effet, j’aurais pu mettre au défi la plupart des montpelliérains, sauf ceux qui promènent leurs stéthoscopes dans les couloirs de cette institution si précieuse pour notre belle cité de Montpellier, de pouvoir me dire les raisons qui poussèrent les doyens du milieu du XIXe siècle à l’inclure dans la frise des médecins célèbres montpelliérains. Alors qui est donc cet illustre inconnu paré de cette impressionnante toge professorale.

Portrait réalisé dans le Conservatoire d’anatomie de la faculté de médecine de Montpellier
Une lignée dévouée à l’art de guérir
Antoine-Louis Dugès, ou plutôt Antoine-Louis Delsescauts-Dugès, de son nom officiel, naquit le 19 décembre 1797 bien loin de notre Languedoc, dans une lointaine cité des Hauts de France, dans le département du Nord, du nom de Landrecies. Comme bien souvent, le destin du jeune homme fût scellé dès l’origine par un lignage d’exception. Fils et petit-fils de médecins, il portait en lui l’héritage de ce que l’on peut qualifier d’aristocratie du savoir.
Cette influence s’étendit tout naturellement à la sphère de l’obstétrique, puisque sa grand-mère, Marie Jonet, ainsi que sa tante, la célèbre Marie-Louise Lachapelle, s’illustrèrent comme les sages-femmes les plus renommées de leur temps.
L’ascension d’un esprit supérieur
Dès son arrivée dans la capitale à l’âge de seize ans, Dugès manifesta les signes d’une intelligence et d’une précocité rares. Son parcours au sein des institutions parisiennes fut jalonné de succès prestigieux : il est reçu au concours de l’internat en l’an 1817, puis élevé à la fonction de prosecteur dès 1820. Ce parcours remarquable fut achevé par la soutenance, l’année suivante, d’une thèse fondatrice consacrée aux pathologies des nouveau-nés intitulée “Recherches sur les maladies les plus importantes et les moins connues des enfants nouveau-nés“.
L’année 1825 consacra définitivement son excellence lorsqu’il accéda au premier rang du concours de l’agrégation.
Le magistère montpelliérain et l’œuvre obstétricale
Appelé à la faculté de médecine de Montpellier, il y occupa avec panache la chaire des accouchements. Dugès ne se contenta point d’enseigner ; il consigna son savoir dans un Manuel d’obstétrique (1826) qui connut les honneurs de multiples rééditions. Par un acte de piété filiale et scientifique, il assura également la publication et l’enrichissement de la Pratique des accouchemens, œuvre léguée par sa tante, Mme Lachapelle.

Paris: J. B. Baillière, 1833
L’exploration du vivant : du scalpel au naturalisme
Toutefois, cantonner l’influence de Dugès à la seule pratique médicale serait méconnaître l’étendue de sa curiosité intellectuelle. Naturaliste passionné, il devint l’un des pionniers de la physiologie comparée. Ses observations minutieuses sur les batraciens et les acariens firent autorité. En 1834, ses Recherches sur l’ostéologie et la myologie des Batraciens à leurs différens âges furent couronnées par l’Institut, attestant du sérieux et de la rigueur de ses observations.



Honneurs et postérité
La reconnaissance de ses pairs fut à la mesure de son labeur. Membre des Académies des sciences de Paris et de Berlin, il fut également décoré de la Légion d’honneur.

S’il s’éteignit le 1er mai 1838, son nom survécut non seulement à travers ses écrits, mais aussi par sa descendance, ses fils Alfredo et Eugenio poursuivant au Mexique la tradition d’excellence en zoologie.

Portrait par Jean Jacques Bonaventure Laurens
Collection de la Faculté de médecine de Montpellier



