Dans notre Languedoc, jusqu’au début du XXème siècle, la période de la Toussaint qui est celle de la célébration des morts et de tous les saints s’accompagnait de nombreuses coutumes populaires. Cela était encore plus vrai à Montpellier, dans cette “ville-carrefour” qui s’est toujours nourrie des cultures et du folklore de ses habitants.
Parmi les traditions les plus vivaces de notre folklore local, il était d’usage dans les foyers montpelliérains de manger des châtaignes arrosées de vin blanc au cours de la veillée de la fête des Morts. La maîtresse de maison, gardienne de l’âme du logis, choisissait alors un vin blanc moelleux ou doux, le plus souvent un muscat, et allumait des bougies. En sirotant ce divin breuvage, la famille réunie ravivait le souvenir des Anciens disparus, comme on disait alors.
D’autres Montpelliérains, surtout ceux venus de l’Ariège ou de l’Aude avec leurs accents rocailleux, perpétuaient des rites encore plus ancestraux, pour ne pas dire païens. Le soir, avant d’abandonner la pièce où scintillait un feu réconfortant, ils laissaient sur la table un repas complet destiné à leurs défunts, qui, croyait-on, recevaient ce soir-là l’autorisation de revenir dans leurs anciens foyers. Auparavant, ils avaient pris soin de placer sur la tombe familiale une veilleuse qu’ils entretenaient toutes les nuits de la semaine qui suivait la Toussaint.
Ces pratiques ont perduré jusqu’aux premières années du XXème siècle dans plusieurs maisonnées montpelliéraines, ainsi qu’en témoigne la presse locale. Les sermons des curés qui tentaient de vaincre toutes les formes de superstition demeuraient bien souvent vains.
Enfin, avant de clore ce billet, rappelons-nous la sagesse du monde rural inscrite de façon immémoriale dans les sillons de cette terre nourricière. Voyant que les jours raccourcissaient et que les travaux extérieurs se faisaient moins pressants, nos aïeux remisaient la charrue, ayant en tête ce proverbe “Toussaint Neuve, adieu la charrue”. S’ouvrait alors un temps de repli sur soi, où observation, déduction et méditation reprenaient le dessus…
Comme quoi, la sagesse ancestrale peut encore avoir du bon, on peut y lire une belle invitation à ralentir le pas en cette saison.
Bonne fête à tous…




