Jaume Plensa nous apprend qu’il est des silences qui résonnent plus fort que les mots. Ce mardi 2 juin, le Carré Sainte-Anne n’a pas simplement ouvert ses portes à une nouvelle exposition ; il a offert à Montpellier et au public présent en grand nombre une parenthèse suspendue, un instant inattendu, un mirage bâti de fer et d’acier, de bois et d’albâtre. Avec son « Mirage », l’immense plasticien catalan Jaume Plensa signe sans conteste l’un des événements artistiques les plus marquants de notre année culturelle. Sous les voûtes séculaires de cette ancienne église, transformée en centre d’art, l’artiste nous convie à une expérience sensorielle rare : une immersion dans une œuvre où la matière semble s’effacer pour laisser place à l’essentiel, le silence.

© Les Carnets de Montpellier, juin 2026
“Dans un monde saturé de messages, de slogans et de signes, où la parole prolifère au point de devenir bruit, l’artiste défend la création d’un espace propice à l’écoute de ce qui persiste en chacun et que le tumulte recouvre” — Numa Hambursin
Un écrin d’exception pour une œuvre habitée
Dans cette ancienne église — véritable phare annonçant Montpellier à tous ceux qui s’approchent de la cité, convertie en centre d’art depuis les années 1990 —, Numa Hambursin nous livre, comme il sait si bien le faire, un de ses plus beaux projets. Avec lui, nous sommes habitués à l’excellence. Nous sommes d’ailleurs encore nombreux à conserver en mémoire le souvenir de l’exposition “Othoniel” ou encore celle qui, l’année dernière, avait offert ce lieu à l’arbre de “JR”, véritable oeuvre participative qui avait su entraîner l’adhésion d’une foule de passionnés, venus des quatre coins de France et de l’Europe et parfois même de bien plus loin.
Le directeur du MO.CO. et responsable du Carré Sainte-Anne nous avait d’ailleurs prévenus lors de son discours préliminaire : nous vivons dans un monde aujourd’hui surchargé de paroles, où l’on ne s’entend plus tellement de mots sont déversés quotidiennement. Souvent sans raison, simplement pour remplir l’espace que nous refusons de laisser vide.


Jaume Plensa au Carré Sainte-Anne : Quand le silence prend corps
L’exposition répond à ce tumulte par une claque visuelle et sensorielle. Deux visages monumentaux, réalisés à l’aide d’épais fils métalliques, se font face. Par un doigt posé sur leurs bouches, ils semblent se demander le silence — un silence mystique qui s’impose immédiatement à chaque visiteur. De par leur transparence, eux-même semblent vouloir s’effacer et ne pas trop s’imposer dans le brouhaha que bien souvent les artistes aiment construire.

juin 2026
Deux autres sculptures en albâtre et trois autres en bois, représentant des visages de femmes étirés, presque anamorphosés, complètent magistralement cette exposition. Sur ces trois dernières statues, on voit vibrer les veines du bois qui semblent leur donner vie, un rappel subtil au chiffre sacré de la religion catholique. Un joli clin d’œil à l’histoire du lieu.

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L’artiste, Jaume Plensa, a confié avoir été subjugué par le volume qui lui était offert, rappelant qu’« une église qui n’est plus une église a besoin d’une âme ». C’est à cette reconquête qu’il nous invite. Non pas pour nous imposer le silence, mais pour nous permettre de ressentir ce qu’il y a de plus profond en nous-mêmes.
Alors maintenant l’oeuvre nous appartient, vous appartient, et il ne tient qu’à vous, qu’à nous, de lui donner toute sa puissance discrète, presque anachronique dans notre société contemporaine.

juin 2026
📌 Renseignements pratiques
Visites guidées : Sur réservation par e-mail à visites@montpellier.fr .
Dates : Du 3 juin au 1er novembre 2026.
Jours d’ouverture : Du mardi au samedi.
Horaires classiques : De 10h à 13h et de 14h à 18h.
Horaires d’été (du 16 juin au 30 août) : De 11h à 13h et de 14h à 19h.
Pour aller plus loin sur Jaume Plensa : Lien vers la page Wikipedia
Né à Barcelone en 1955, Jaume Plensa est une figure majeure de la sculpture contemporaine internationale. Son travail se distingue particulièrement par des œuvres conçues pour l’espace public, installées à travers le monde :
- À l’international : On peut citer Crown Fountain à Chicago (Millennium Park), Weà Londres, Water’s Soul à Jersey City, Julia à Madrid et The House of Light and Love à Taipei.
- En France : Ses sculptures sont visibles à Caen (Musée des Beaux-Arts), Antibes (Port Vauban), Nice (place Masséna) et Valence (place des Ormeaux).
Sa carrière est jalonnée d’expositions majeures dans des institutions prestigieuses (Fundació Joan Miró, Galerie nationale du Jeu de Paume, Yorkshire Sculpture Park, Nasher Sculpture Center, Frederik Meijer Gardens & Sculpture Park). En 2025, sa reconnaissance mondiale a été confirmée avec sa participation à Art Basel Unlimited.
Son œuvre a été largement saluée par de nombreuses distinctions :
- Distinctions nationales et internationales : Prix National des Beaux-Arts (Catalogne, 1997 ; Espagne, 2012), Prix Velázquez (2013), et Chevalier des Arts et Lettres en France (1993).
- Reconnaissance académique et institutionnelle : Il est Doctor Honoris Causa de la School of the Art Institute of Chicago (2005), a reçu le Global Fine Art Award (2015) pour son exposition Together à la Biennale de Venise, et le Lifetime Achievement Award de l’International Sculpture Center (2025)




