Urbain V : L’empreinte éternelle d’un Pape lozérien sur Montpellier

Lorsqu’on déambule dans les rues de Montpellier, l’ombre bienveillante d’Urbain V, le deux-centième pape de la Chrétienté, plane encore sur les pierres dorées de notre cité. Du calme de la rue Germain aux abords de l’ancien Collège des Douze Médecins, de la majestueuse silhouette de la cathédrale Saint-Pierre aux salles chargées d’histoire de l’actuelle faculté de médecine ou de droit, le souvenir de ce pontife se rappelle sans cesse à nous.

Ce glorieux Pape, élevé au rang de Bienheureux au XIXe siècle, développa tout au long de sa vie une relation toute particulière avec Montpellier, n’hésitant pas à lui témoigner – à de nombreuses reprises – sa générosité.

Une enfance en terre ingrate, entre droit et religion

Guillaume de Grimoard, que l’histoire retiendra sous le nom d’Urbain V, est l’aîné d’une fratrie de cinq enfants. Né en 1310 au château de Grizac, dans les environs de la commune de Pont-de-Montvert, il appartient à la petite noblesse du Gévaudan, ce « dur pays » où les habitants tirent leur subsistance du sang des pierres, entre champs de seigle peu luxuriants et châtaigniers régnant sur l’ingratitude des sols.

Pourtant, sous cette apparente modestie, la famille Grimoard jouit d’une solide renommée. Son grand-père et son père sont des hommes de loi ; le premier fut même bailli de Mende, une position stratégique offrant à la lignée une puissante visibilité. Côté maternel, l’alliance avec les Montferrand lie Guillaume à la prestigieuse maison de Sabran. Son parrain n’est autre qu’Elzéar de Sabran, régent du royaume de Naples.

Le jeune Guillaume grandit ainsi au carrefour de deux mondes : celui du Droit, porté par son père, et celui de la Religion, incarné par ses oncles moines et prieurs à Saint-Thibéry ou près d’Avignon. C’est avec cette double filiation qu’il est placé chez les bénédictins de son hameau. Guillaume voit son horizon s’élargir. Ses supérieurs remarquent ses facultés intellectuelles hors du commun.

Urbain V Statue a Mende
Urbain V, statue de bronze devant la cathédrale Notre-Dame et Saint-Privat de Mende
@ lescarnetsdemontpellier

L’ascension d’un moine érudit

Il s’installe à Montpellier à l’âge de 12 ans pour y étudier les Arts, puis le droit. Il y trouve une cité foisonnante, riche de ses monastères et de ses écoles, où une importante communauté gévaudanaise a déjà importé le culte de Saint-Firmin. En 1342, il y obtient son doctorat en droit canon et se voit confier la prestigieuse chaire dédiée à cette spécialité au sein de l’a faculté de l’Ecole des lois.

Grâce à lui, le renom juridique de Montpellier rayonne. Mais le destin l’appelle ailleurs : il rejoint le studium pontifical d’Avignon. Nommé abbé de Saint-Germain d’Auxerre en 1352, puis de Saint-Victor de Marseille en 1361, il devient un diplomate et un juriste incontournable pour la Papauté, sollicité pour résoudre les crises internes de l’Église.

1362 : Une élection surprise au sommet de la Chrétienté

Le 22 septembre 1362, le conclave réuni en Avignon après le décès d’Innocent VI se trouve dans l’impasse. Les cardinaux finissent par porter leur choix sur un homme extérieur au Sacré Collège : le simple abbé de Saint-Victor.

Alors en mission diplomatique à Naples, il apprend son élection avec une humilité qui marquera son pontificat. Elevé dans un premier temps aux fonctions d’Evêque, il est couronné le 6 novembre sous le nom d’Urbain V et surprend la cour d’Avignon en conservant la robe noire de son ordre. Immédiatement, il réforme l’Église avec la rigueur d’un moine et la précision d’un juriste.

Montpellier Urbain V Missel de Clenent VII
Représentation du Pape Urbain V
Lettrine extraite du Missel de Clément VII
Source : Bibliothèque d’Avignon (cote : Ms. 136)

Le grand bienfaiteur de Montpellier

Malgré les charges de sa fonction, Urbain V n’oublie jamais Montpellier, la ville de ses « fécondes amitiés ». Alors que la cité est la proie des bandes de routiers durant la guerre de Cent Ans, il y finance des chantiers monumentaux pour protéger et éduquer.

Après avoir soutenu le financement de l’exhaussement des remparts de la ville, il fonde le monastère Saint-Germain et Saint-Benoît — notre actuelle Faculté de Médecine — et fait ériger la chapelle qui deviendra au XVIe siècle la cathédrale Saint-Pierre. En 1367, lors d’un passage mémorable, il y consacre l’autel majeur, retrouvant avec émotion ses anciens collègues de la faculté de droit et se recueille au sanctuaire de Notre-Dame-des-Tables, au pied de la miraculeuse Vierge Noire.

L’ultime héritage : les “Douze Médecins”

La tentative de réinstallation de la Curie à Rome qu’il conduit, bien que triomphale au départ, se heurte à une trop grande insécurité. De retour en Avignon en 1370, sentant ses forces décliner, il tourne une dernière fois ses pensées vers ses racines.

Mais avant, en septembre 1369, il avait fondé le « Collège des Douze Médecins » à Montpellier, destiné à offrir l’accès au savoir à douze étudiants pauvres de son Gévaudan natal.

Mort et sépulture d’Urbain V

Il s’éteint le 19 décembre 1370.

Bien qu’initialement enterré à la cathédrale Notre-Dame des Doms, ses dernières volontés imposent une sépulture plus modeste. Conformément à son souhait d’être inhumé comme les pauvres, sa dépouille est exhumée en mai 1372 pour être transférée à l’abbaye Saint-Victor de Marseille.

Accueillis solennellement en juin par les hautes instances religieuses, ses restes sont déposés dans un monument de style gothique flamboyant réalisé par le sculpteur Joglarii. Si des hommages grandioses lui sont rendus jusqu’à Montpellier, son tombeau marseillais ne survit pas à la Révolution française.

Aujourd’hui, le monument d’origine et son cercueil ont disparu. Depuis 1980, seul un moulage de son gisant, provenant de l’église Saint-Martial d’Avignon, marque son emplacement dans le chœur de l’abbaye. Un autre moulage a été effectué par la ville de Montpellier et est actuellement déposé dans la crypte de l’église Notre-Dame-des-Tables, sous la place Jean-Jaurès.

Urbain V a laissé derrière lui l’image d’un pape bâtisseur et d’un fils fidèle à sa province et à sa ville d’adoption qu’était Montpellier, une ville qui lui reste éternellement reconnaissante.

C o a Urbano V.svg
Blason du pape Urbain V : De gueules, au chef émanché de quatre pièces d’or
Source : Wikipedia

Pour aller plus loin :

Article “Urbain V” sur Wikipedia

Après des études en science politique et en géographie et histoire de l'urbanisme, Fabrice Bertrand, né à Montpellier, anime depuis 2016 le groupe Facebook "Montpellier Histoire et Patrimoine" qui compte près de 30.000 membres. Il est aujourd'hui en charge de plusieurs projets, qui visent à mettre en valeur le patrimoine scientifique et intellectuel montpelliérain.

Laissez le premier commentaire